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Tout nu et tout bronzé en Berry

Le naturisme a ses adeptes dans le Berry et la province attire des vacanciers,souvent venus des pays du Nord,qui apprécient de passer l'été au vert,dans le Boischaut-Sud,en tenue d'adam.
Dans les représentations véhiculées par les médias , les films et les chansons, le naturisme est presque toujours associé au bord de la mer et à la plage, par exemple celle du fameux village de vacances du Cap d'agde, construit en 1974. Pourtant, s'il semble exact que le bain soit une composante essentielle de cette pratique, la mer n'est pas indispensable. Par conséquent, on vit nu aussi à la campagne, y compris dans le Berry. Les Adeptes qui y résident y ont créé des clubs et aménagé des lieux pour se dénuder en dehors des grandes vacances. La province compte aussi plusieurs campings accueillant des vacanciers. Arrivant généralement de Hollande, de Belgique et d'allemagne, certains font dans le Berry une simple halte sur la route de la mer. D'autres y séjournent plusieurs semaines et passent toutes leurs vacances nus dans la verdure du Boischaut.
Dossier réalisé par Frédéric Merle

Deux campings naturistes comptant près de trois cents emplacements

Alors qu'il semble que le naturisme progresse , le Berry compte paradoxalement moins de lieux naturistes que par le passé. L'association vierzonnaise des Amis du Châtaignier à vendu son terrain à La Borne et le camping du club du soleil Berry Nivernais à Vernais (18) a fermé l'an dernier. Quant au camping le Moulin de la Ronde, à La Chapelle-Saint-Laurian (36) près de Vatan, qui s'est installé dès 1974 en bordure de la N20, sur la route des vacances, il a réduit son activité :"j'ai pris ma retraite l'an dernier, à 80 ans, explique Philippe Guignard, le fondateur. Nous sommes redevenus un simple club, le club nature du Centre, dont je suis le président . L'endroit n'est plus fréquenté que par des habitués."
Fournir une halte aux estivants, telle était aussi l'idée de départ de Jean-Marie Thomine, qui a crée Creuse Nature en 1980. Ce camping situé à Boussac-bourg est aujourd'hui l'un des deux principaux sites naturistes de la région avec la Petite Brenne,à Luzeret, non loin d'Argenton. Le site est géré depuis 1995 par Reiner Geerlofs et Elisabeth van Bercum, venus des Pays-Bas.Ouvert d'Avril à Octobre , il dispose de 120 emplacements. Restauration, piscines,mobil-homes,maisons en bois collé, ateliers pour les enfants, terrain de pétanque... Les services de ce camping quatre étoiles n'ont rien à envier à ceux qu'offrent les établissements dits textiles. "Nous sommes un lieu de destination principale, affirme la gérante. Nos clients restent entre une et quatre semaines. En juin et en septembre, nous accueillons une importante clientèle de retraités, surtout étrangère, avec beaucoup de Néerlandais et de Belges. Pendant la haute saison, nous recevons des familles dont environ la moitié sont françaises. Nous avons beaucoup communiqué pour que notre camping ne devienne pas une enclave hollandaise au coeur de la France."
La Hollande est aussi le pays d'origine de carel et Anja Burgmans, couple de restaurateurs qui à créé La Petite Brenne, à Luzeret, en 1996. Leur fille Charlotte, agée de 27 ans, en est aujourd'hui cogérante. Proche de l'A20, leur établissement de 150 emplacements est une étape vers le soleil. "mais nous recevons aussi des vacanciers qui séjournent pendant deux mois, nuance Charlotte. La durée moyenne est de quatre nuitées." La clientèle est pour moitié hollandaise mais la Petite Brenne reçoit aussi des Belges, des Anglais (souvent des gens plus agés). Seulement un dixième des vacanciers sont français.
Creuse Nature et la Petite Brenne ouvrent également leurs portes aux naturistes locaux qui viennent y passer quelques heures et rentrent chez eux le soir. Le camping de Luzeret est ainsi fréquenté par une quarantaine d'adhérents du club des Amis de la Peite Brenne et L'amicale Creuse Naturiste, présidée par Jean-Marie Thomine, compte cent vingt adhérents. En plus de ces deux associations adossées à des campings, le club Soleil et Loisirs de l'indre, dont le siège est à Chateauroux, compte  trente huit membres .De septembre à juin, une fois par mois, ils se retrouvent pour plonger sans maillot dans la piscine d'Argenton. Le club organise aussi une sortie annuelle.

Des valeurs proches de l'écologie

Respect. C'est le premier mot que prononcent les militants naturistes. Il fait écho à la définition officielle de la Fédération naturiste internationale (FNI), laquelle insiste sur " le respect de soi-même, le respect des autres et celui de l'environnement." Cette primauté accordée au respect peut surprendre. Elle s'explique sans doute par le fait que, dans notre société, le naturisme est avant tout une pratique sociale dans la mesure ou ses adeptes sont incités à se regrouper sur des sites dédiés.
"Le respect de soi, c'est accepter son propre corps et en prendre soin, analyse Françoise Laurent, naturiste depuis les années 1970, trésorière du club du Soleil et loisirs de l'Indre et secrétaire de la Fédération française de naturisme pour la région Centre-Val de Loire. Le respect des autres, c'est l'acceptation du corps de l'autre dans sa diversité. Dans les centres naturistes, il y a des gros, des maigres, des handicapés...L'être est privilégié par rapport au paraître. C'est bon pour l'être humain alors que le vêtement en cachant la nudité, crée des fantasmes et des frustrations." "Les différences sociales sont gommées, ajoute Elisabeth van Bercum, gérante du camping Creuse nature. La femme de ménage se retrouve dans une parfaite égalité avec le chef d'entreprise.C'est une autre façon de s'approcher qui fait que les gens sont polis, s'entraident, parlent, mangent et vivent ensemble, plus que dans un camping classique."
Habitante du Boischaut-Sud, Anna a séjourné l'an dernier pour la première fois dans un camping naturiste près de Bordeaux. Elle aussi a remarqué que les rapports sont totalement différents. Tout le monde est à la même enseigne et personne ne frime avec le maillot dernier cri. Je n'ai pas senti de regard déplacé. Les gens qui m'entouraient étaient de tous les âges. Aucun voyeurisme de la part des campeurs naturistes alors qu'à la plage cela arrive. Ce savoir-vivre n'a rien de commun avec le libertinage, comme tient à le préciser Françoise Laurent, qui passe ses étés dans un centre naturiste en Gironde : " L'association entre naturisme et libertinage est un cliché médiatique né à cause des clubs du cap d'Agde."
A insister sur le respect, on en viendrait presque à oublier que la motivation originelle des naturistes est "l'harmonie avec la nature", pour reprendre les termes de la FNI. Si Anna n'a finalement pas été séduite par le mode de vie consistant "à vivre à poil toute la journée en allant faire ses courses dans la supérette du camping ou en prenant sa douche dans des sanitaires sans séparation", elle reste convaincue que "se baigner nue dans l'océan, avoir un bronzage intégral est très agréable."
"Au départ j'avais soif de liberté, témoigne pour sa part Françoise Laurent. Envie de me débarrasser de mes vêtements, d'être en contact avec l'air, le soleil et l'eau, de retrouver un lien avec la nature que la civilisation nous fait perdre."
Cette volonté de communier avec la nature et de respecter l'environnement n'est pas éloignée des valeurs écologistes. Ce n'est certainement pas un hasard si les rayons de l'épicerie du camping Creuse nature sont garnis d'aliments et de produits bio. La recherche d'une vie plus saine et plus naturelle est d'ailleurs certainement à l'origine du regain d'intérêt pour le naturisme en France observé par Elisabeth van Bercum, membre du cluster Tourisme et naturisme de l'agence de développement Atout France : "Selon un récent sondage Ifop, 10 millions de Français seraient prêts à tenter l'expérience. A Boussac , nous recevons de plus en plus de familles avec de jeunes enfants. Des trentenaires qui pratiquent le naturisme mais n'éprouvent pas forcément le besoin d'adhérer à une association.
F.M et C.P