Ses origines

La pratique du naturisme, qualifié parfois de "gymnique" (du grec gumnos : nu), encore assimilé restrectivement à "nudisme", ou extensivement à "gymnosophie", remonte à l'antiquité. Les anciens savaient que le soleil nourrit les muscles, relate Hérotode, et les grecs, hommes et femmes, pratiquaient les jeux du stade dans le plus simple appareil.
Au cours des âges, selon le lieu et les circonstances, le corps humain pouvait paraître nu sans troubler l'ordre. Mais l'obscurantisme du 16 ème siècle européen (réforme 1530, puis jansénisme 1600) en réaction contre les excès de la renaissance, et comme palliatif supposé à la propagation de la syphilis importée en europe par les conquistadores, imposa une pudeur outrancière allant jusqu'à bannir soins et hygiène corporels. Ce qui mit la nudité naturelle en disgrâce.

1850

On redécouvre les bienfaits de la cure atmosphérique en complète nudité. Arnold Rickli (Autrichien, 1810-1907) l'emploiera avec succès dans son institution paramédicale au bord de l'adriatique. Dès 1807, la doctoresse Duhamel expose, nus, des enfants déficients au soleil de Berck-plage. En Europe, en Amérique, des naturophates et médecins expérimentent et recommandent les bains d'air et de soleil intégraux.
Cette "héliose intégrale" est adoptée au début du siècle, puis codifiée par le Dr Rollier, créateur à Leysin, en Suisse, d'un établissement de soins, et auteur de La Cure de Soleil, ouvrage auquel de nombreux médecins et pionniers naturistes se réfèreront ensuite.
Bientôt une logique s'impose : ce qui est excellent pour des déficients, doit être profitable aux bien-portants. Et en 1903, à Klingberg, le professeur Paul Zimmermann crée un Centre naturo-gymnique, et démontre les avantages spécifiques exceptionnels, physiques et moraux, du nudisme en communauté. De nombreux " camps naturistes" seront ouverts aux adeptes. En 1905, Richard Ungewitter publie en allemagne Les Hommes doivent redevenir nus et Le Nudisme au point de vue historique, deux livres qui auront une large audience.

en France

On note plusieurs tentatives de nudisme, ou de semi-nudisme, de tendance théosophique ou végétarienne. Dès 1908, à Marseille, l'abbé Legree, avec l'accord de ses supérieurs, conduit vers les calanques de la côte les jeunes qui lui sont confiés. Tous découvrent les bienfaits des bains de mer, d'air et de soleil en nudité. Devenus adultes, ces adeptes, convaincus par la pratique, y conduiront épouses et enfants. Cette tradition régionale se perpétuera.
La Revue des Deux Mondes publie en 1912 un reportage de Marguerite Le Furs sur les camps nudistes allemands qu'elle a visités.
Mais intérêt et curiosité s'estomperont avec le début du conflit mondial en 1914

1917

D. Fougerat de Lastours, licencié en sciences, anthropologue, est gazé à mort sur le champ de bataille. Le Dr Robineau (président de l'Académie de médecine et de chirurgie) et le Dr Colleville l'exposent nu au soleil et le sauvent. En 1925, D. Fougerat de Lastours est docteur en médecine. Sa thèse L'Homme et la Lumière, ouvrage exhaustif d'un théoricien et praticien hors pair de l'héliose intégrale, devient la base, la référence indiscutable, des méthodes naturistes modernes. Ses observations cliniques, ses ensoleillements d'enfants, démontrent l'efficacité supérieure de la nudité totale.
Les enfants exposés intégralement nus ont une courbe de poids toujours ascendante, alors qu'elle est vite stationnaire chez les enfants exposés avec un léger maillot ; chez les premiers la calcification est plus rapide, la force et la résistance plus grandes.

1926-1927

Un journaliste français, Kienné de Mongeot, fonde les organisations sociales "Vivre" et le Sparta-Club, premier club gymnosophique de France. Par ses livres, sa revue "Vivre-Santé" (ensuite "Vivre d'abord") et des conférences-débats à Paris et en province, de Mongeot sera le propagateur puissant de la réhabilitation du corps humain. L'abbé Louis Pascal (qui signe Luc Valette) publie une série d'articles "Mon Curé chez les Naturistes". Les docteurs Gaston et andré Durville, éditeurs de la revue Naturisme, créent Physiopolis, centre semi-nudiste près de Paris.
De nombreux groupes gymnosophiques ou naturistes s'organisent partout.

1930

Vie et lumière (Ligue gymnique d'hygiène sociale) et l'association gymnique de France, sont créées par le Dr Fougerat de lastours. Le premier congrès gymnique européen a lieu à l'appel de K. de Mongeot aidé par les Dr Beltrami, Sorel, Vachet, et le pasteur Huchet.
Cinquante médecins, ainsi que Justin Godard, ministre de la santé Publique, siègeront au comité d'honneur constitué par K. de Mongeot. 1931-32 : Les Dr Durville, qui tiennent une rubrique naturiste régulière dans le Journal, ouvrent l'Ile du Levant (Héliopolis) aux naturistes de tous les pays.
A Lille, Albert Lecocq, que l'ensoleillement intégral a guéri d'une coxalgie, fonde le club gymnique du Nord.

l'essor

depuis des années, K. de Mongeot, les Dr F. de lastours, Durville, Poucel, Pathault, Didier, Viard, etc.,ont multiplié écrits et initiatives, suscitant sympathies et ralliement dans le monde des arts, des sciences, du sport et de la politique. Mais le plus engagé de tous, K. de Mongeot dut parfois affronter les tribunaux. Grâce au courage, à la foi et au dynamisme des pionniers, une sensibilisation des gouvernants fur même amorcée.
C"est ainsi qu'en juillet 1936, dans une déclaration à Naturisme, Léo Lagrange, sous-secrétaire aux sports et loisirs, apprécie "la précieuse utilité du mouvement naturiste", et invite les Drs Durville à "concourir à l'oeuvre qu'il a entreprise touchant l'organisation des loisirs".
Avec les congés payés, les loisirs sociaux de plein air se développent, et les aspects initiaux du naturisme se fondent dans une tendance vers les vacances et les fins de la semaine au soleil, nus et libres.
Les néo-naturistes militent, les associations et les centres de nature se multiplient, le tout teinté de végétarisme (selon l'enseignement du Dr Carton) et d'aspirations vers un retour raisonné aux sources. Mais cet élan bute sur le conflit 1939-45.

la fédération

Dès 1946, des associations naissent ou renaissent. A l'initiative d'Albert Lecocq, qui vient de créer le Club du Soleil parisien et la Vie au Soleil, magazine naturiste, la fédération française de naturisme est constituée en 1950. De nouveaux centres naturistes s'ouvrent.
Depuis sa création la fédération française de naturisme est l'héritière spirituelle des pionniers de l'héliose intégrale et des disciplines s'y rattachant.
Elle est le représentant, le défenseur, le dénominateur commun du naturisme français, unifié et indépendant
Article de Jean Gantois dans la Vie au Soleil n°50 en 1977